Archives de la catégorie ‘Chemises’

Le polo, tenue d’hiver et d’été

18 mars 2013

Il est amusant de constater que la même semaine, deux lecteurs m’ont posé des questions sur le polo et de son absence criante dans mes colonnes. L’occasion d’y répondre. En effet, c’est une pièce dont je parle assez peu, une pièce également peu présente dans le répertoire de l’élégant et dans les règles d’élégance masculine anciennes.

Historiquement, le polo est assez jeune, puisqu’il daterait des années 30. L’histoire la plus commune à son propos est française. En effet, René Lacoste aurait inventé le polo à la fin des années 20 pour faciliter la pratique du tennis. Il a en fait pris la chemise typique des tennismen, en a coupé les manches (qui étaient depuis longtemps retroussées) et a remplacé le coton et la flanelle (des matières tissées) par un jersey dit ‘jersey petit piqué’ (matière tricotée).

Une autre histoire fait provenir le polo des Indes anglaises, où précisément des joueurs de polo, auraient fait confectionner ce vêtement plus simple dans une toile de gros oxford, ayant l’aspect du piqué de coton. Il y a donc une controverse sur le sujet entre les sujets de Sa Majesté et ceux de la République.

Quoiqu’il en soit, le polo de René Lacoste, qu’il commercialisa en Europe et aux Etats-Unis à partir de 1933, avait plusieurs points particuliers, que l’on retrouve encore de nos jours : des manches courtes, une fente boutonnée facilement ouvrable pour respirer, un col mou facilement retournable pour se protéger le cou des brulures du soleil, un jersey de coton pour rester au frais, un pan arrière plus long pour ne pas sortir du pantalon.

Alors justement, comment porte-t-on le polo ? La méthode classique veut qu’à l’instar d’une chemise, on le porte dans le pantalon ou le bermuda. Avec une ceinture. Mais attention à l’aspect ‘saucissonné’ d’un tel ensemble. Bien sûr, la méthode contemporaine est de le sortir. Évidemment, d’aucuns pourraient objecter que c’est négligé.

polo

Quid du polo à manches longues ? S’il est maintenant rare d’en voir porté, il fut à la mode sur les parcours de Golf, notamment ceux de St Andrews en Écosse. Le froid mordant était ainsi contenu et le cardigan en laine d’agneau à manches longues était son indispensable allié. L’ensemble n’est pas le plus élégant, mais il a fut un canon de l’élégance sportive, alors …

Maintenant, comment vois-je le polo ? Il est évident que ma valise en est rempli lorsque je pars l’été sur la côte basque. Mais il est évident que ce n’est vraiment pas un vêtement élégant. C’est un vêtement trop décontracté pour entrer d’une quelconque manière dans un recueil d’élégance. Aucun art la dedans ! Et puis surtout, ce qui ne me le rend pas sympathique, c’est son affreuse tendance à marquer l’anatomie. Vous me direz, on est pas obligé de le prendre ajusté. Oui mais c’est alors pire.

Ainsi, poitrine et petit ventre sont moulés, d’une manière pas forcément avantageuse. De même que le col trop bas fait ressortir des longs cous, dont je suis. Non, vraiment cela fait beaucoup. Dès lors, je préfère autant une bonne chemise fine et pourquoi pas, une chemisette. Mais nous y reviendrons cet été…

Julien Scavini

On finit sur la chemise, les bons faiseurs

19 novembre 2012

Dernier article consacré aux chemises, celui sur les bons faiseurs, hélas de plus en plus rares. Alors évidemment, à Paris, nous sommes obligés de citer les deux maîtres chemisiers de la place : Courtot et Lucca. Ces deux maisons excellent par leur savoir-faire et aussi par leurs prix, très attractifs pour ce service : en moyenne à partir de 210€ la chemise. Ce qui, pour une chemise réalisée avec deux ou trois essayages à partir d’une toile, est un prix plus que compétitif. Courtot, 113 rue de Rennes dans le 6ème et Lucca, 58 boulevard des Batignolles dans le 17ème. Par contre, je sais que chez Courtot, il faut maintenant compter plus de 3 mois pour une première commande, renommée oblige, 1 mois par la suite (information rapportée par plusieurs clients).

Je note aussi l’existence du chemisier Charles Demagne, au 61, rue de la Boétie Paris 8ème, qui propose un service grande mesure en plus de la mesure industrielle, pour un prix égal aux précédents cités si je me souviens bien, ayant rencontré un jour la tenancière, fort sympathique et très prolixe en informations diverses.

Enfin, en grande mesure, toujours à Paris (hélas je n’en connais aucun en province), notons Halary, Charvet et Arnys. Des grands. Pour les deux derniers, il faut compter au moins 500€ si ce n’est plus. Hermès propose également des chemises d’une jolie façon, mais en prêt-à-porter uniquement. Je crois que Marc Guyot réalise aussi des chemises en petite-mesure italienne de qualité.

Côté prêt-à-porter, cela devient difficile. La grande institution parisienne est Alain Figaret. Mais j’ai appris récemment – pour le compte d’un client – qu’ils ne réalisaient plus le changement des cols… aïe! Quête de la meilleure rentabilité? C’est fou comme les marques françaises peuvent être attirées par le très moyen, au lieu de chercher vers le haut. C’est un petit service, pour une minorité de clients pointilleux certes, mais tout de même, cela en dit long sur l’esprit d’une maison. Alors que reste-t-il?

Les anglais. Évidemment, citons Hilditch & Key, 252, rue de Rivoli Paris 1er, mais la qualité a un peu baissé, appréciation rendue par de nombreuses personnes de mon entourage. En revanche, l’institution qui fait parler d’elle est Turnbull & Asser, mais hélas uniquement à Londres, comme T.M. Lewin sur Jermyn Street.

Enfin en véritable prêt-à-porter, je dois dire n’avoir été jamais déçu par les chemises Hackett, avec cols entoilés il fut un temps, et par celles de Brooks Brothers. Mais c’est plus une question de tissus – épais et donc durables – que de façon.

MàJ : un employé d’Alain Figaret, qui fait son travail avec passion, me signale qu’ils peuvent bien changer les cols… Informations contradictoires alors. Il faudrait mettre les collègues au parfum. Quant à Courtot, tout semble rentrer dans l’ordre, avec un délais raisonnable d’un à deux mois.

Julien Scavini

La chemise, petites règles simples, partie II

12 novembre 2012

Etudions aujourd’hui les accords avec les vestons ‘sport’ ou de campagne. A vrai dire, ce registre est plus ample que celui de la ville, avec une variété de couleurs et de motifs bien plus développée. Je dissocierai encore une fois les unis, les rayures, et les carreaux. Notons seulement que les rayures sont moins présentes dans ce registre. Il est en effet rare de voir des vestes dépareillées à rayures (sauf quelques unes pour l’été). Pourrions-nous en déduire que la rayure serait plus connotée ‘ville’ et le carreau plus connoté ‘campagne’ ? Je franchis le pas et n’hésite pas à répondre oui. Bien que des exceptions existent toujours, cf. l’article sur les carreaux.

Les coloris ensuite. Typiquement, les vestons sport ou campagne alternent entre les coloris vert, marron et un ensemble de dégradés ‘fauves’. Évidemment, ce sont des coloris issus du monde naturel, mousses et lichens. Les vestons ‘sport’ dans les tons gris sont plutôt versatiles, mi-ville mi-campagne et sont appréciés pour la pratique des sports automobiles dans les années 30. Enfin, les vestes à dominante bleu ou blanc sont typiques des bords de mer. La encore, il convient de respecter l’accord de couleur avec la chemise.

Premièrement donc, les unis dans des tons forestiers. Si la chemise blanche n’est pas la plus indiquée, elle n’en demeure pas moins un classique. Je prends l’exemple d’un petit tweed Donegal, simple, dans une tonalité marron. Avec, nous pourrons arborer une chemise unie ou à carreaux. La rayure n’apparaît pas comme le choix d’excellence. En revanche, au dessus de tout cela, vous pourrez bien porter une cravate club. Donc ici, l’opposition carreau/rayure vole en éclat. Et oui, les règles sont faites de finesse et d’exceptions. Nous pourrions imaginer mettre un chevron à la place du Donegal. Faisant partie de la catégorie des unies (malgré l’effet de rayures parfois), il constitue une excellente alternative pour une première veste décontractée.

 

Deuxièmement, essayons avec l’exemple de la veste de tweed à carreaux, dans un ton chasse, vert et rouille. Quelle chemise ? Unie, oui, à carreaux oui. A rayures ? Certainement pas. L’idée serait parfaitement saugrenue. Et pour la cravate ? Unie me semble le meilleur choix, celui de la simplicité (ne l’oublions pas, nous sommes à la campagne). Une grenadine de vert par exemple. Citons aussi les petits motifs campagnards : perdrix, canards et chiens de chasse. Enfin, le club, pourquoi pas, dans des tons pour la forêt la encore. A la place du tissu de la veste cité en exemple dans la demi-lune, nous pourrions envisager un prince de galles, dont l’histoire se confond avec celle des Higlands.

Prenons l’exemple maintenant d’un chevron gris, comme je l’ai dit, plus urbain. Nous sommes dans le règne de l’uni. La chemise pourra être unie, à rayures (oui pourquoi pas, car ici nous sommes un peu plus rus-in-urbe) ou à carreaux. Notez aussi, dans les deux précédentes demi-lunes, les coloris. Les tons sont radicalement différents de la demi-lune ci-dessous, cela afin de bien marquer la différence de registre. Et pour s’accorder avec le ton de la veste. Je suis en effet assez gêné à l’idée d’accorder du bleu avec du marron… Les italiens le font très bien pourtant. Notez également comment les chemises s’effacent par rapport aux cravates. Le but est de créer un effet de contraste fort, faisant ressortir la cravate. C’est un savant dosage pas évident à maîtriser.

Et enfin, le blazer par exemple, digne représentant des tenues de bord de mer. Vous pourrez le porter avec une infinité de pantalons seuls (blanc, en flanelle grise, en toile rose, en velours dans certains cas, etc…). Les chemises unie, à rayures ou à carreaux lui vont la encore. La cravate par excellence ? La cravate club évidemment. Mais attention à l’excès de superposition encore une fois. Deux rayures pourrait faire trop, sauf si les échelles ne se contredisent pas. Et ne riez pas pour le tout dernier accord, tattersall très américain sur petites otaries. Tant qu’à être excessif – cette chemise l’est – autant aller jusqu’au bout.

Notons que le carreau type tattersall check constitue le plat de résistance de ce répertoire ‘sport’. Il se marie en effet avec tout. Et pour bien faire, son fond est préférentiellement crème plutôt que blanc. Certes il peut faire papy. Mais c’est à vous de mettre assez d’élégance et de tenue dans votre mise pour que cette accolade péjorative n’arrive pas. Le tattersall n’en demeure pas moins un incontournable de la garde robe, en complément des chemises rayées pour le travail !

Vous avez donc pu vous rendre compte de la différence notable entre le registre ville, de la semaine dernière, et le registre campagne en haut de cet article. D’un côté du gris et du bleu et de l’autre, du marron et du vert. Voilà pour faire simple. En complément d’autres couleurs. Enfin, le registre que j’appelle quelque fois mi-sport, mêlant les tons de ville et le foisonnement des accords campagnards.

En ce qui concerne les cravates illustrées dans ces articles, elles proviennent toutes du site Brooks Brothers, et je remercie cette maison pour la perfection de son interface internet, très pratique dans une telle recherche.

Julien Scavini

La chemise, petites règles simples

5 novembre 2012

Quelle chemise, avec quel costume. Telle sera la question du jour, dans la continuité de l’article de la semaine dernière.

L’accord d’une chemise – et de son motif – avec un costume, ou une veste – et de son motif – est un petit travail en soi. A priori, cette recherche esthétique est assez simple, et le bon sens souvent est plus utile que n’importe qu’elle règle. Mais évoquer ces dernières n’est pas superflu tant il est fréquent de voir des contresens formels. Le résultat immédiat est l’inesthétisme.

Rappelons des évidences. Un tissu de chemise, en coton, en lin et coton, ou parfois en soie, peut être uni, à rayures ou à carreaux (et ces dérivés comme le pied de poule ou le vichy). Ces motifs peuvent être plus ou moins visibles, le trait plus ou moins ‘gras’, le blanc plus ou moins dominant.

Commençons par les tenues de ville, coloris bleu marine ou gris, dans un premier temps. Avec une veste (ou un costume) unie, vous avez le choix : chemise unie, à rayures ou à carreaux. Le deux premiers choix sont les plus évidents. Du point de vue anglais classique, le carreau semble quelque chose de bien moins formel, donc de moins idéal pour une mise urbaine, de travail. Je privilégierai donc l’uni ou la rayure même si j’apporte au niveau du schéma une petite contradiction. A ce niveau, nous pouvons trouver les rayures fines, les rayures bâtons, les rayures multiples. La demi-lune des associations reprend les accords possibles en vous proposant des cravates.

Dans les bleus premièrement :

Puis dans les gris :Notons que les tissus dessinés ci-dessus sont à blanc dominant. C’est la plus classique des voies. De même, il sera possible d’associer quasiment toutes les couleurs de chemises avec des costumes unis bleu ou gris (avec toutes les nuances possibles). C’est la simplicité même. En ce qui concerne les cravates, c’est très simple. Les motifs peuvent être variés : club, pois, cachemire, uni, grenadines, tricots etc…

Voyons maintenant, avec des tissus de chemises un peu plus sport l’effet produit. Ici les motifs sont un peu plus ‘gras’, un peu plus visibles.

Passons maintenant aux costumes à rayures, rayures tennis d’abord (traduction de pin stripes), qui sont des rayures fines mais très visibles la plupart du temps. Maintenant que nous sommes en présence de rayures, il sera impossible – pour le goût classique – d’arborer une chemise à carreaux. L’accord doit être logique. L’uni s’accorde de tout, et les motifs s’accordent entre eux. Simple question de logique élémentaire. Donc, avec une veste à rayures, privilégions les chemises unies ou à rayures. Mais attention, le problème se corse un petit peu, car l’échelle de la rayure de chemise doit être en adéquation avec celle de la veste. Logique. Le plus simple est d’opposer le rapport d’échelle : rayures espacées / rayures serrées et inversement, mais pas seulement. Ce serait trop simple. Nous entrons ici dans des problématiques d’esthétique et même de goût personnel. Suivre à la lettre ces principes est possible. Mais vous pouvez bien les outrepasser, tout est une question d’assurance. Regardez le duc de Windsor et ses mélanges improbables. Sur la demi-lune des associations, j’ai proposé, dans la partie droite encadrée, un tel essai stylistique, à réserver aux plus aventuriers !

Et ensuite avec un costume à rayures craies (chalk stripes), souvent des rayures un peu plus fondues :En ce qui concerne les costumes à rayures, vous constaterez que j’ai essayé autant que faire se peut de ne pas multiplier les rayures. Ainsi, entre une cravate club et la veste, je préférerai l’uni. Et au dessus d’une veste et d’une chemise à rayures, je mettrai plutôt une cravate unie ou à motifs géométriques ou imprimés. Question la encore de retenue : ce n’est pas la peine de multiplier les effets !

Et si vous avez un costume de ville à carreaux ? Alors vous pouvez opter soit pour une chemise à carreaux, à petits princes de galles ou à pied de poule, soit pour une unie. N’est-ce pas élémentaire mon cher Watson ? Évidement, le plus ardu est de bien mélanger les échelles, et ce n’est pas toujours chose facile. Il arrive que le matin nous n’ayons pas toute notre tête et manquions de sens commun. Cela arrive et n’est pas rédhibitoire évidemment. Ça l’est beaucoup plus dans le catalogue des marques, où les mélanges idiots sont légions.

Donc on se résume :

veste unie > chemise unie / rayée / à carreaux > cravates toutes

veste à rayures > chemise rayée > cravate à pois ou motifs divers / > chemise unie > cravate club ou à pois ou à motifs divers

veste à carreaux > chemise à carreaux > cravate à pois ou motifs divers / > chemise unie > idem. On évite le club sauf si c’est dans un cadre sportif ou loisir et que le veste est adéquate, nous verrons cela la semaine prochaine.

Julien Scavini

La chemise : questions techniques

29 octobre 2012

Les lundis à venir, je vais revenir un peu aux essentiels de Stiff Collar, à savoir énoncer certaines règles de l’élégance anglaise. Nous allons étudier la chemise. Car la aussi, il existe quelques règles simples qui tiennent plus du bon sens pour accorder ses mises.

Il fut un temps – les années 50 et 60 surtout – où les hommes portaient des chemises blanches. C’était simple, efficace. Avec un complet ‘sack suit’ anthracite à petits revers et un chapeau feutre trilby, c’est l’archétype de la mode sixties. Mais voilà, la chemises blanches, à la fois ça se salit vite au col et aux poignets et c’est peut-être un peu fade. (Quoiqu’encore je trouve cela très raffiné). Alors ressurgirent les chemises colorées, unies ou à motif.

Évoquons rapidement les armures (= la manière de tisser) des cotons pour chemises qui sont excessivement complexes, bien plus que pour les lainages à costumes. Évidemment la grande reine des cotonnades est la popeline, que l’on peut trouver teinte en pièce (donc très unie) ou teinte aux fils (donc un fils à fils). La grande caractéristique de la popeline est d’avoir plus de fils en chaine qu’en trame. Je rappelle que les fils de chaine sont ceux qui sont tendus sur le métier à tisser et que ceux en trame sont mis en place par la navette. Cette caractéristique a son utilité pour ‘fabriquer’ des rayures, les rayures étant la chaine.

Évoquons aussi le titrage des matières, un point plus intéressant. S’il est utile de comparer les tissus par leurs grammages relatifs les uns aux autres (entre 120gr/m et 185gr/m pour des tissus toutes saisons), il est bon aussi de regarder la qualité des fils. Comme pour les lainages où l’on trouve les termes super 100’s. Ainsi en chemise, il existe des fils de finesses variables (finesse de 30, 40, 50 voire 120, 170 etc). Plus le nombre est grand, plus la fibre est fine, soyeuse. Ensuite, les fils tirés de ces fibres sont :

- soit utilisés tel quel pour le tissage, on parle alors par exemple de 40/1 (on prononce 40 à 1)

- soit retissés par deux pour donner un fil plus épais, on parle alors de double retors, par exemple 40/2 (on prononce 40/2).

Évidemment, un 170/2 est un tissu de grande qualité, vous vous en doutez : fibre très fine et fil doublé pour plus de solidité. Ceci dit, attention, il est des mauvaises qualités qui se font passer pour de très bonnes, et qui proposent certes un fil 120/2 en chaine, mais un fil de 120/1 ou pire, 70/1 en trame… Incidemment, ils ne communiquent que sur le meilleur fils passé dans la masse. A vérifier donc si les deux titrages (en chaine et en trame) sont donnés et identiques.

Il est également possible de serrer plus ou moins les fils dans le tissu. Ainsi, avec un fil double retors 140/2 par exemple, on pourra obtenir après tissage un tissu plus ou moins lourd, plus ou moins lâche, suivant l’usage et la saison. D’où l’intérêt de regarder le poids, comme pour la laine.

Viennent ensuite les origines. Les meilleurs cotons pour chemises proviennent de deux endroits dans le monde : les îles de La Barbade dont on tire les ‘Sea Island’ et les plateaux égyptiens, dont on tire les giza 32, 45, 89 etc… Ce sont des variétés de cotons différentes, comme il existe des patates BF15 ou Charlotte. Une importante catégorie de coton provient d’Amérique du nord. La variété est le Pima. Un classique chez Gap : les pulls en coton pima. Comme pour la laine, d’un même ballot de coton on peut tirer diverses qualités, suivant que l’on raffine ou pas les fibres. Ainsi dans un même ballot, on tirera des fibres longues, la meilleure qualité, achetées au prix fort, et des fibres de deuxième, troisième et quatrième catégorie. Donc dans un ballot, on peut trouver des fibres 180, 120, 80, 40 etc… soit on crée un mélange de fibres diverses, soit on ne recherche que les meilleures. Suivant les usages…

Enfin, notons qu’un tissu de chemise peut rétrécir jusqu’à 3%, ce qui est bien plus important que pour la laine. C’est pour cela que l’on achète une chemise avec un peu d’aisance. A ce propos, au niveau de l’aisance du col, il est vrai que l’on ajoute traditionnellement la valeur d’un doigt à la mesure de tour de cou. Ceci dit, attention si vous portez un nœud papillon, lorsqu’on serre celui-ci, il a tendance à écraser et donc déformer le col, d’où l’interêt de prendre un col plutôt resserré.

Je rajouterai enfin un élément important : un vendeur ne doit pas mettre son doigt entre le centimètre et votre cou lorsqu’il mesure. Car si vous mesurez votre cou et trouvez 39, vous devez acheter une chemise taille 39. Cette chemise aura en réalité un tour de cou de 40cm, car 1cm d’aisance aura été automatiquement ajouté à la coupe. Après trois lavages et un léger rétrécissement, vous approcherez de votre tour de cou. Suivez le raisonnement : si vous ajoutez la valeur d’un doigt à votre tour de cou, au lieu de 39, vous tombez sur 40cm, et une chemise taille 40 a en réalité un tour de cou de 41cm… et là, c’est trop large ! Une veste, comme une chemise, ça doit tenir son homme ; pas le laisser flotter. Ça explique peut-être pourquoi tant d’hommes ont des chemises qui baillent tant ! Ah la formation professionnelle des vendeurs ! Comme disait Pépin, bref.

La semaine prochaine, nous étudierons un peu les motifs de chemises et les bons façonniers.

Julien Scavini

Le kit pour cricket

19 septembre 2011

Le sport chic, terme à la mode à la ville ces temps-ci, terme en désuétude sur les terrains de sport. Le monde est fait ainsi qu’il est bourré de contradiction… Bon, malgré tout, il est toujours possible d’aller frapper quelques volants en tenue élégante! Les anglais possédaient tout un arsenal vestimentaire pour chaque circonstance sportive. Ce soir étudions les tenues de cricket, facilement réutilisables pour par exemple jouer… au croquet ?

Bref, l’ensemble est principalement blanc! Du blanc, du blanc! Pratique à une époque où les matchs étaient rediffusés sur les téléviseurs noir et blanc et où la pelouse apparaissait foncée. Mais pas un blanc parfait non plus. Un off-white disent les anglais, voire du blanc crème pour la chemise, le pull en maille, le pantalon, les chaussettes, les chaussures etc… Seul le blazer que l’on enfile après le match, pour le thé, peut être en bleu, même si le blazer blanc est aussi un classique. Lui aussi est sous-tâché aux couleurs du club.

Passons sur la chemise, abordons le pull. Celui-ci présente invariablement un col en V avec une garniture colorée, aux tons des armoiries du club, c’est très important! Il peut être à manche ou sans. Ensuite, la pièce maîtresse, le pantalon à double pli et à ajusteurs de tailleur en flanelle blanche. Pantalon que les anglais appellent cricket flannels, ou simplement flannels car ce terme est l’expression même du pantalon mou, ample, doux en flanelle. De nos jours, le terme désigne un pantalon de survêtement en polyester blanc, pour le cricket… triste sire.

Cette flanelle blanche justement est devenue impossible à trouver. Plus personne n’en produit, ou alors des imitations en serge. C’est un tissu vintage diront certains, un tissu de grande valeur! J’avais demandé il y a quelques mois chez Gorina pourquoi ne pas proposer de flanelle d’une telle ‘couleur’. Il m’avait été répondu que pour cela, il fallait nettoyer l’intégralité des machines, celles pour carder la laine, celles pour la filer, celles pour la tisser etc… Bref, un coût et un temps monstrueux, pour un tissu qui vaudrait probablement plus de 200€ le mètre et se vendrait difficilement.

Ceci dit, j’ai entendu cela plusieurs fois, un espoir existe chez l’inventeur de la flanelle, la maison Fox Flannels située dans le Somerset qui produirait encore une telle référence. Ouf!

Julien Scavini

Caractéristiques d’une bonne chemise

18 octobre 2010

Comment repérer une bonne chemise? Ou encore quels détails mettre sur un modèle sur mesure? Autant de questions que nous pouvons nous poser, tant les possibilités sont importantes, et les trouvailles des stylistes inénarrables. Il existe quelques caractères classiques que nous allons ce soir expliquer.

Outre les cols à propos desquels un autre article a été publié ici, le reste de la chemise est à décrire:

  • En 2, la couture des boutons peut-être en X ou en patte d’oie (des flopées partent d’un trou vers les trois autres). A l’inverse, les boutons de veste sont cousus avec des flopées parallèles. Les boutons sont préférentiellement en nacre.
  • En 3, la dernière boutonnière doit être cousu à 90° des autres (qui sont verticales). Celle-ci est donc horizontale.
  • En 4, la gorge de boutonnage peut se présenter sous trois aspects: simple, surpiquée ou cachée. La gorge simple est ma préférée, elle est plutôt minimaliste, ne présentant aucune couture et tient seulement grâce aux boutonnières. La gorge surpiquée (quelque fois appelée à l’américaine) est la plus courante et présente un repli de tissu pour conférer un aspect symétrique au système de fermeture. Enfin la gorge caché est une trouvaille moderne pour dissimuler les boutons, surtout pour les chemises de smoking.
  • En 5, l’hirondelle est très importante. Dans le cas d’un bas de chemise classique (plutôt long avec une échancrure aux hanches), ce petit renfort de tissu est important.
  • En 7, les pinces aux bas de manches. Classiquement, on en trouve deux. Mais certaines maisons de qualité revendiquent cinq à sept petites pinces. Elles permettent de résorber l’aisance de la manche.

NB: D’ailleurs, un poignet de manche ne doit jamais être trop long, il ne doit sous aucun prétexte toucher la main, même si le vendeur vous le soutient. J’ai l’habitude de faire arrêter mes poignets après le petit os  qui ressort au niveau du poignet, du côté petit doigt de la main. La veste quant à elle s’interrompt avant  l’os, si bien qu’un sympathique centimètre apparait. Le fait est que l’on est plus à l’aise avec des manches courtes qu’avec des manches longues.

  • En 6, le poignet peut présenter diverses formes, poignet simple, poignet (double) mousquetaire, poignet napolitain ou poignet (simple) à boutons de manchette.
  • En 8 ou 9, la présence ou non d’un capucin. Ce petit bouton de rappel sert à fermer la longue fente qui descend au poignet. Il est assez chic de ne pas en avoir sur les belles chemises, particulièrement celles de smoking.
  • En 1, une couture milieu dos doit être présente, car cet empiècement haut est extrêmement important. De plus, cette couture doit raccorder les motifs avec précision. D’ailleurs, les motifs doivent aussi se raccorder entre cet empiècement et le haut de la manche.
  • En 10, le dos présente deux plis, ce qui est une bonne solution pour les chemises formelles et celles de travail, bref les belles chemises.
  • En 11, le dos présente un pli milieu dos, ce qui est la solution par excellence pour les chemises sport, celles qui ont notamment le col rabattu et boutonné.
  • Et donc en 12, le col boutonné doit présenter trois petits boutons, deux en pointe de col et un derrière, pour bien le maintenir (et empêcher de porter une cravate avec!).

Julien Scavini

Les cols de Stiff Collar

8 décembre 2009

Ce soir nous allons tenter de faire le tour des différents cols de chemise que l’on peut trouver sur le marché, plus ou moins courants, plus ou moins chics, plus ou moins modes. Je dis tenter, car le nombre de possibilité est sidérant, surtout depuis l’avènement des chemisiers industriels à votre mesure. Je tenterai également de nommer correctement les cols, ce que les vendeurs ne savent pas bien souvent faire…

Premier tableau:

A- Le col classique, ou col français, avec une petite ouverture. La version B est plus authentique, avec les rabats du col qui partent du même point, en haut du col, ce qui donne un effet ‘hirondelle’, comme les modèles de Lino Ventura dans certains films. C, le col à pointe ronde, détail transférable sur d’autres types de col.

D- Le dérivé du col français, mais boutonné, appelé col américain ou button down (nous partageons beaucoup de détails sartoriaux avec nos amis US). Inventé par Brooks Brothers dans les années 30 pour les joueurs de Polo, il s’est largement démocratisé pour son côté pratique et décontracté. PS: ne le portez pas avec une cravate au travail, c’est tout à fait déplacé.

E- Le col semi-italien (j’insiste sur le préfixe semi). C’est peut-être le col le plus répandu, tout à fait ‘business’ et de très bon goût.

F- Le col italien 1 est le col premier col spread aussi appelé col cut away. Spread signifie étendu et caractérise la largeur d’ouverture qui dégage largement la base du cou. Ce col est aussi très marqué business. Son origine se trouve en Italie (d’où il tire son nom) mais ce sont les anglais qui l’ont démocratisé au début du siècle avec les premiers voyages touristiques en terre romaine. Certains vendeurs l’appellent col anglais, ce qui n’est dès lors pas faux, même si le col anglais est un autre modèle (H et I)…

G- Le deuxième col spread (ou italien) est le col full spread. C’est l’étape ultime de l’ouverture de cou, très prononcée, très chic, necessitant de bien nouer la cravate en place, très à la mode actuellement.

H- L’un des premiers cols dit anglais est le col boutonné sous patte. Il est semblable dans son rendu au col boutonné (I), cet autre col anglais, très formel, qui donne un petit côté old school, ou même pire… hautain (cf. Dominique Paillé…)

J- Le col officier, avec un bouton sur le pied de col ras.

K- Le col mao, sans bouton sur le pied de col mais une fente.

L- Le col Charvet (sans garantie). C’est un col un peu mode, par forcément nouveau, porté notamment par Ozwald Boateng qui est caractérisé par sa ligne brisée.

Et enfin, les deux derniers cols sous-nommés M et M sont dans l’ordre: le col à lavallière et le col cassé. Le premier possède des points allongées, créant un effet de col classique sur l’avant, à la différence du second, très caractéristique avec ses deux petites pointes qui passent au dessus du nœud papillon (ou de la cravate)…

Pour finir ce petit tour, sachez qu’un col classique et de goût possède des dimensions modérées (comme les gentlemen). La hauteur normale du pied de col est de 3 cm et les pointes de 7 cm, pour les cols business notamment… Les cols à deux boutons en pieds seront plus hauts, et ceux à trois boutons à proscrire, car trop ‘matuvus’ de notre avis, de même que les modèles surpiqués en couleur. Les types les plus chics sont souvent ceux qui présentent de légers effets de froissements, de plis au repassage, que l’on ne trouve plus du fait de l’usage de toiles thermocollantes. Les cols sont habituellement remplis de toiles de percaline (coton fin), piquotées comme des cols de veste.

Plusieurs maisons proposent à Paris des chemises réellement sur-mesure (càd au sens de la loi: réalisée avec trois essayages au moins, dans des méthodes artisanales): Courtot, Lucca, Charvet, Demagne, Rolly. Les deux premiers proposent des tarifs moyens (commençant à 200€), le troisième des tarifs bien plus chauds! Pour ce qui est des fabricants industriels, internet en regorge, régalez vous! Sinon Hilditch & Key, Lanvin, Hermès, Old England, Brooks Brothers proposent de bons produits PàP.

Le col détaché

3 septembre 2009

L’origine du col détaché, stiff collar en anglais (pour col dur en réalité, par opposition au col souple, l’actuel) est tout à fait anodine et trouve sa source dans un simple problème domestique. Mme Montague, épouse d’Orlando Montague, un bottier sur Third Street à Troy dans l’état de New York, eut l’idée dans les années 1820 de découdre les cols de son mari pour les laver séparément des chemises qui restaient propres. L’idée fut si bonne qu’à partir de 1827, ils se mirent à vendre des cols, appelés à l’époque ‘String collars’ et vendue 25 cents la pièces. Mme Montague et sa fille se chargeaient de coudre ensemble les deux pièces de coton et de les amidonner.

Un certain révérend Ebenezer Brown propulsa alors le produit à un niveau national en les vendant à New York City si bien qu’en 1834, Orlando Montague et Austin Granger, son nouvel associé en affaire, créèrent la Montague & Granger Factory. Ils développèrent le nombre de modèles, notamment le bishop collar, et de produits, particulièrement les poignets détachés. Ils résolurent également le problème de la fixation en ayant recours à des boutons pour maintenir le col en place.

Mais si la vente de col se déroulait bien, leur grand nombre posait le problème du lavage de masse. Une entreprise de cols concurrente (Troy Laundry) créa en 1835 la première blanchisserie industrielle, employant des femmes, amenant également par ce biais à la création du premier syndicat féministe.

On estime qu’aux Etats-Unis, 15 000 personnes travaillèrent dans l’industrie du col et que 90% des cols américains provenait de la ville de Troy. Un des célèbres modèles fut notamment le City Collar (un turndown collar, sorte de semi-italien).

Col détaché et chemise col tunique

Col détaché et chemise col tunique

En 1901, l’état de New York comptait 27 fabricant de col et 38 blanchisseries. Le port du col détaché créa également une nouvelle classe sociale appelée ‘col blanc’ par opposition au ‘col bleu’ des usines. La dernière fabrique de col détaché à Troy ferma ses portes à la fin des années 90 et s’appelait Marvin Neitzel Corporation, connu notamment pour ses produits à destinations des infirmières hospitalières.

L’origine américaine des cols étonne au premier abord, à tel point la culture britannique l’a incorporé à ses habitudes vestimentaires. Ceci dit, il n’y avait qu’eux pour penser ‘pratique’.

Aujourd’hui, il est relativement difficile de trouver des cols détachés. Si internet permet d’en trouver, ce n’est pas toujours aisé au niveau des tailles ou des types de col. A Paris, Hackett en vend toujours. Pour 18€, vous pourrez obtenir un col cassé (wing collar) ou un col semi-italien (turndown collar) dit cut-away. Mais pour la chemise à col tunique, c’est plus compliqué, et la mesure, chez Courtot ou Lucca semble la bonne solution.

A porter quotidiennement, c’est évidemment compliqué. Mais certaines occasions et tenues s’y prêtent, notamment le smoking ou le frack dont le nœud papillon (noir ou blanc) complètera de tenir le col, ou encore la jaquette (morning suit) avec laquelle vous pourrez porter une chemise bleue avec un col blanc, complétée par une cravate.


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 143 followers